Le trafic de camions s'est ralenti depuis quelques semaines aux abords des tuileries.

Roumazières «l'industrieuse», 2.800 habitants: deux tuileries, Terreal (600 salariés) et Monier (230 salariés) qui suppriment progressivement plus de 80 postes d'intérimaires. Roumazières, une cité ouvrière poussée sur la RN 141 entre Angoulême et Limoges. Un concentré de France, mi-rurale mi-industrielle.
«La crise, ça met le moral à zéro avec ce qu'on entend à la télé», reconnaît Marie-Noëlle Blandin, la patronne de L'Union, le bar PMU planté au bord de la nationale. «Depuis le 1er décembre, on ne sert plus que du café. ça fait un drôle d'effet. Dans les magasins, les stocks de chocolat ne diminuent pas beaucoup.» Il n'y a que le jeu qui échappe à la satanée crise. La part du rêve que l'on préserve.
Loin de l'image fringante des «Tcharentaises»
Le blues gagne les commerces. A l'hôtel-resto du Commerce, autre institution locale, Stéphane Boissinot enregistre une baisse des repas d'entreprises. «Ils ne représentent plus que 8% de notre chiffre d'affaires contre 10 à 12% il y a quelques mois. On nous dit qu'il y a des restrictions.»
Au garage Voisin, le concessionnaire Peugeot note «une baisse d'activités depuis octobre. Les gens préfèrent attendre pour acheter. Ils essaient de voir s'ils peuvent échelonner les réparations», constate Fabrice Coculet. La voiture, deuxième budget familial, bat de l'aile.
Les achats quotidiens ne se portent guère mieux si l'on en juge par les réflexions entendues sur le parking d'Intermarché. Les chariots ne débordent pas de victuailles et les consommateurs vont à l'essentiel. «On est obligé d'établir des priorités. Beaucoup regardent les prix, les promos, les magasins qui soldent», observe une retraitée du Trésor public qui se sent privilégiée. Son mari était «roulant à la SNCF». «Quand on est deux, ça va mieux». ça n'empêche pas de regarder autour, du côté des familles qui ont des parents en maison de retraite. «A 1.600 euros par mois, comment voulez-vous qu'ils s'en sortent?»
La question se perd dans la grisaille hivernale. Les affiches des moyennes surfaces voisines tentent de réchauffer l'atmosphère avec des réclames surannées. «Offrez des pantoufles -10%», lit-on. On est loin de l'image fringante des «Tcharentaises». Loin des bobos et des grands boulevards.
La réalité est brute, brutale. «Avec 400 euros de retraite, je jongle avec ce que j'ai économisé. On fait comme tout le monde, on est obligé», lâche une ancienne agricultrice, frigorifiée. «Vous savez, avec nos retraites de misère, crise ou pas crise, on n'est pas habitué au superflu. Il faut compter tout le temps», confirme une autre cliente, fataliste.
A la mairie, «on établit un peu plus de dossiers sociaux». «Des travailleurs pauvres, des dames seules avec un enfant. On essaie d'apporter une aide financière», explique Jean-Michel Dufaud, le premier magistrat.
La fin des contrats pour les intérimaires
Egalement cadre commercial chez Terreal, premier employeur de la commune, il sait que l'année s'annonce «tendue». Une ligne de production sera fermée du 20 décembre au 5 janvier. Les employés sont incités à prendre des congés ou à suivre des formations. Les mutations internes vers les nouvelles usines du groupe en Saône-et-Loire et dans la banlieue toulousaine sont encouragées. Il ne restera plus un seul des 60 intérimaires en fin d'année.
Pourtant, Jean-Michel Dufaud relativise. «On est dans un milieu où il y a un besoin important. On a déjà connu la même chose dans les années 80. Les gens prenaient leurs congés en février et mars et on redémarrait l'été.» En prévision d'une relance, Terreal a demandé à ses salariés de ne pas poser de congés en juillet et août.
Chez Monier, il est prévu de supprimer une équipe de production de 18 personnes «en privilégiant les départs à la retraite pour limiter au maximum les licenciements». Les intérimaires ne sont plus que 25 contre 50 lorsque «ça fonctionne bien». L'une des usines du groupe, située près de Lyon, a dû fermer. Ses 40 salariés sont au chômage technique.
D'un côté ou de l'autre de la RN 141, le spectre de l'ANPE n'est jamais loin. Tout le monde connaît un ou une intérimaire qui «pointe». Isabelle, 35 ans, mariée, deux enfants, est sans contrat depuis quinze jours. Et sans illusion.
Le boulot ne court pas les rues. Les usines ne recrutent plus. Pour elle, comme pour beaucoup, Noël n'est plus tout à fait Noël. «On essaie de réduire sur la nourriture en épluchant les publicités des grandes enseignes. Pour les cadeaux et les vêtements, on anticipe beaucoup. On profite des soldes de fin d'année et de juillet. Les jeans ne se démodent pas!» Avant la crise, il y avait déjà un parfum de crise. Pour beaucoup.
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