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17/02/2026

Programmation pluriannuelle de l’énergie : pour décarboner, le gouvernement mise à nouveau sur le nucléaire

Après plus de deux ans d’attente, le gouvernement publie ce vendredi sa feuille de route pour la décennie à venir. S’il vise une augmentation significative des capacités de production d’électricité, en misant principalement sur l’atome, le document ne fixe aucun objectif en matière de consommation.

Le gouvernement a décidé de garder « stables » les objectifs de soutien public aux appels d’offres de la PPE précédente, balayant les espoirs d’une véritable ambition pour le renouvelable.

Avec plus de deux années de retard sur ses obligations légales, la France se dote enfin d’une feuille de route énergétique. Ce jeudi, le premier ministre, Sébastien Lecornu, en déplacement au barrage de Vouglans, dans le Jura, a présenté la troisième programmation pluriannuelle de l’énergie (PPE). Elle sera publiée vendredi par décret. Ce texte, réclamé de longue date par tous les acteurs des filières, doit donner au pays des objectifs en matière de production d’énergie, en dessinant les contours du mix énergétique à horizon 2035, pour garantir souveraineté et sortie des énergies fossiles.

La copie présentée est à la fois « rigoureuse, raisonnable et ambitieuse », a garanti le ministre de l’Économie, Roland Lescure. « Cette publication donne une visibilité essentielle aux filières et va leur permettre de se projeter sur les années à venir », a salué la Commission de régulation de l’énergie.

Dans le détail, cette feuille de route prévoit une augmentation sensible de l’électricité décarbonée (d’origine nucléaire et renouvelable), dans le but de grignoter la part des énergies fossiles, qui représentent toujours 60 % de l’énergie consommée sur le territoire. La production électrique française atteindrait entre 650 et 693 terawattheuresen 2035, soit 120 terawattheures de plus qu’en 2025.

Le gouvernement mise ainsi sur un net renforcement des capacités nucléaires par rapport à la PPE précédente. En plus de la confirmation de la construction de six EPR, le texte prévoit d’acter en 2026 le lancement de huit nouveaux réacteurs. Le parc actuel sera, lui, optimisé et la durée de vie des centrales nucléaires augmentée jusqu’à 50, voire 60 ans.

Coup de frein sur l’éolien terrestre

Le bât blesse toutefois du côté des énergies renouvelables. Si les industriels se réjouissent qu’un moratoire – un temps envisagé notamment par l’extrême droite – ne soit pas d’actualité et se félicitent de la reprise imminente des appels d’offres, les ambitions affichées peinent à convaincre les acteurs du secteur. Le gouvernement a ainsi décidé de garder « stables » les objectifs de soutien public aux appels d’offres de la PPE précédente, balayant les espoirs d’une véritable ambition pour le renouvelable.

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Par exemple, le parc éolien terrestre, plutôt qu’étendu, ne sera que rénové pour en augmenter la puissance. Greenpeace dénonce un « entêtement à saborder l’éolien terrestre », alors « qu’il produit plus en hiver et est particulièrement bien aligné avec la saisonnalité de la consommation française et ainsi très complémentaire du photovoltaïque qui produit plus l’été ».

Malgré la révélation des trajectoires de production d’énergie, la PPE ne fixe aucun objectif concernant la consommation et l’électrification des usages. Pour Stéphane His, président de l’association Énergies renouvelables pour tous, cette feuille de route « doit impérativement s’inscrire dans un plan d‘électrification de l’économie ambitieux et cohérent. Or, cette ambition risque de demeurer limitée à court terme ».

L’énergie soit sortir des logiques de marché

La FNME-CGT constate de son côté que les efforts pour remplacer la consommation d’énergie fossile par de la consommation d’électricité ne sont pas au rendez-vous. « Les hangars sont pleins de pompes à chaleur qui ne sont pas installées, l’augmentation du parc de véhicules électriques n’a pas lieu », se désole Thomas Dutel, secrétaire fédéral.

Pour le syndicaliste, le risque de se doter d’objectifs de production sans dessiner préalablement les contours de la consommation est grand. « Une augmentation de la consommation engendrerait de nouvelles recettes pour les producteurs. Le problème, c’est que si cette électrification n’est pas au rendez-vous, ce sont les usagers qui paieront le prix des investissements nécessaires pour augmenter les capacités de production sur leur facture », prévient Thomas Dutel. Celui-ci rappelle par ailleurs que l’énergie, bien commun, doit être extraite des logiques de marché qui régissent aujourd’hui la fixation de ses prix.

Cette question pressante de la consommation fera l’objet d’une « grande initiative nationale en faveur de l’électrification du pays », assure le gouvernement. Elle ne sera toutefois pas débattue au Parlement. En faisant le choix de publier la PPE par décret, Sébastien Lecornu prive en effet les députés et sénateurs d’une discussion sur l’avenir énergétique de la France.

Source L'Humanité par Marie Toulgoat