Le biochar, une possibilité de lutte contre le réchauffement climatique ?
« En intégrant du biochar dans le béton, on crée des matériaux qui sont des banques de carbone. Les bâtiments construits avec ces matériaux deviennent de fait actifs dans la lutte contre le réchauffement climatique », pose d’emblée Gérald Michel, directeur qualité et produits chez Lafarge France. Qui poursuit : « Le Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (Giec) souligne que nous faisons face à un déséquilibre du cycle de carbone ; en effet, en plus des plantes absorbant le CO2 puis le rejetant en fin de vie, les émissions industrielles s’ajoutent à ce cycle, dépassant la capacité d’absorption naturelle de la biosphère. »
Pour contrer les effets de cette double peine, une technique, appelée pyrolyse, permet de transformer la biomasse contenue dans les sols, et composée à 50 % de carbone biogénique, en du biochar réutilisable postérieurement, notamment donc dans dans des matériaux de construction.
« La pyrolyse peut être définie comme une version accélérée et maîtrisée de la nature, poursuit Gérald Michel. En quelques heures, une matière organique qui se serait progressivement dégradée pour rejeter du CO2 et du méthane, se transforme en un carbone solide et stable. Ce puits de carbone permanent est validé par les standards du Giec, qui le considère comme un produit à forte valeur ajoutée. »
Suppression du CO2 atmosphérique
« Le biochar va permettre de former des bétons structurels aux propriétés physiques rigoureusement identiques à celles des bétons traditionnels, avec une garantie de respect des contraintes de sécurité incendie, d’acoustique, d’inertie thermique, de durabilité et de facilité de mise en œuvre », indique quant à elle Flore Bellancourt, responsable marché bâtiment et innovation chez Lafarge.
Elle souligne également que cette solution propose l’empreinte carbone la plus basse du marché, permettant de franchir les seuils de plus en plus exigeants de la RE2020. « En séquestrant durablement le carbone issu de la biomasse, cette technologie va participer activement à la suppression du CO2 atmosphérique. Cette démarche est d’ailleurs valorisée par l’Etat via le label bâtiment biosourcé, qui incite au stockage du carbone biogénique. »
Stockage temporaire contre permanent
Côté certifications, le biochar, que ce soit en ajout au ciment ou en addition béton, est cependant considéré hors-normes de composition.
« Aujourd’hui, la réglementation considère que le biochar est un matériau simplement biosourcé, partant du principe que tout le carbone stocké finira par être rejeté dans l’atmosphère, par combustion, décomposition ou oxydation», indique Flore Bellancourt. « Pourtant, les bétons avec biochar sont aussi durables que les bétons standards et possèdent les mêmes propriétés », rappelle Laetitia Bessette, directrice R&D ajointe chez Vicat.
Actuellement, la norme EN 15804+A2 impose en effet de considérer la réémission complète et systématique du carbone biogénique en fin de vie, ce qui rend impossible la reconnaissance du stockage permanent dans les analyses du cycle de vie (ACV) et donc dans les déclarations environnementales produit (DEP) ou les fiches de déclarations environnementale et sanitaire (FDES) de matériaux intégrant du biochar.
France Ciment, l’organisation professionnelle représentative de l’industrie cimentière, réclame donc que cette norme soit fondée sur la stabilité chimique du carbone, ce qui permettra de différencier le stockage temporaire du permanent – séquestration irréversible via minéralisation, biochar ou technologies CCS (capture et stockage du carbone). Et qui favoriserait l’essor à plus grande échelle du recours au biochar…
Source Le Moniteur par Anthony Denay