Les opposants à la carrière d'argile de Vexin-sur-Epte, dans l'Eure, et la société exploitante, Terreal, étaient devant le tribunal administratif de Rouen jeudi 2 avril 2026. En jeu : l'autorisation d'exploitation délivrée par le préfet en mars 2024. Les opposants demandent son annulation, au motif qu'elle ne respecte pas selon eux le plan local d'urbanisme, et que le projet prévoit la destruction d'une zone humide. Une dizaine de riverains et la présidente de l'association Vexin Nature Qualité de vie étaient dans la salle d'audience. Malgré le redimensionnement du projet à la baisse ordonné par le préfet, ils restent fermement hostiles à cette carrière.
Un bruit intolérable
La carrière est plus éloignée des maisons que ce qui était prévu au départ, 330 mètres au lieu de 65, mais cela ne change pas grand-chose selon les riverains, qui ont pu s'en rendre compte quand Terreal a commencé à extraire de l'argile mi-octobre. "Le bruit a été intolérable, en particulier en haut du village", déplore Sylvia, qui réfute l'étude qui a été produite sur les nuisances sonores de la carrière. "Ils disaient qu'ils avaient fait une mesure de bruit. Ils sont passés complètement au travers des problèmes de nuisances que nous causent cette carrière, parce qu'avec une seule mesure de bruit, ils ont trouvé une journée où effectivement, ils ne faisaient pas faire grand-chose. Mais les autres jours, le bruit était vraiment très élevé."
Autre exigence de la préfecture pour atténuer l'impact : la plantation d'arbres entre les habitations et la carrière. Une mesure qui n'a pour le moment aucun effet selon l'association Vexin Nature Qualité de vie. "Les arbres sont des chênes truffiers qui font 50 cm de haut, détaille Sophie Arouet, la présidente, et qui vont donc avoir besoin de 20 ans pour être des arbres qui protègent." D'autant que la commune n'a rien à gagner dans l'histoire, affirme-t-elle : "Il n'y a pas un emploi créé, tout est sous-traité. Vexin-sur-Epte ne vendra même pas un sandwich à cette entreprise, qui veut rester pendant quinze ans à 300 ou 400 mètres des premières maisons."
Souveraineté de la commune
Pour Me Louis Cofflard, avocat au barreau de Paris, qui représente les opposants, il en va de la souveraineté de la mairie sur le territoire de la commune par rapport à l'État."La carrière se situe en plein cœur d'une zone humide, et prévoit sa destruction totale, alors même que le plan local d'urbanisme interdit de la détruire", plaide-t-il. "Quand je dis qu'il interdit de la détruire, c'est écrit noir sur blanc. Il y a deux exceptions, et aucune autre, qui permettent d'y porter atteinte : si c'est un projet d'intérêt général, et ce n'est pas le cas ; et lorsqu'on restaure ou quand on améliore des zones humides, et ce n'est pas non plus le cas puisque l'objet, c'est de la détruire. Donc, il n'y a aucun doute possible sur le fait que ce PLU ne permet pas. Maintenant, la question c'est : est-ce que le tribunal préfère donner raison à l'État en lieu et place de la commune, qui a un document d'urbanisme qui interdit l'implantation de ces projets et qui a quand même une forme de souveraineté par rapport à ces documents ? Est-ce qu'on fait supplanter le pouvoir des communes en matière d'urbanisme au profit de l'État ? C'est ça la question de ce projet en fait."
Le rapporteur public a suivi les arguments du préfet et conclu au rejet de la requête. Le tribunal a mis sa décision en délibéré au 30 avril.