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24/03/2026

Tuiles et briques matériaux d’architecture contemporaine

Salle comble le 2 décembre dernier au couvent des Récollets, à Paris, pour la journée technique « Tuile et brique, matières à façades », coorganisée par la FFTB, le CTMNC et notre magazine.

Architectes, industriels et experts ont montré, lors de ce rendez- vous, que la terre cuite – tuiles, briques, plaquettes ou bardeaux – s’affirme plus que jamais comme un matériau contemporain, capable de répondre aux grands défis de la construction.

Décarbonation, ressource locale et renouvelable, corpus technique éprouvé : la profession progresse, forte notamment de 94 % de fiches de déclaration environnementale et sanitaire (FDES) sur les produits, et d’une ambitieuse feuille de route de décarbonation de sa production face aux exigences de la RE2020 et de la transition écologique de l’industrie. Les échanges ont aussi mis en avant les recherches en cours : façades actives, dépollution ou encore réduction des îlots de chaleur. Les deux tables rondes «Regards d’architectes:

enseignements du terrain » ont confirmé l’appétence des concepteurs pour cette matière poétique, riche en textures et en mises en œuvre. Tuiles et briques offrent identité, vibration et émotion, tout en s’adaptant aux structures bois et aux enjeux du réemploi.

En ouverture, Frédéric Didier, président de la FFTB, a rappelé l’ambition commune : « Magnifier nos matériaux au travers de vos ouvrages, pour qu’ils contribuent à une architecture contemporaine, soucieuse de pérennité, ancrée dans son territoire, sobre dans son expression et ses moyens. » En clôture, Isabelle Dorgeret, directrice générale de la FFTB, a salué le lien précieux entre architectes et fabricants, rappelant que ce matériau vernaculaire demeure une réponse d’avenir, moderne et inspirante, pour écrire les façades de demain.

« ENTRER EN MATIÈRE TROIS ARCHITECTES, TROIS MANIÈRES D’« ENTRER EN MATIÈRE » 

Miguel Cornejo, Avenier Cornejo Architectes, défend une brique émotionnelle et contextuelle. À Paris 12e, la modé- nature, les reliefs et les briques émaillées font vibrer la rue ; à Pantin, trames et moucharabiehs relient le projet à la mémoire du canal. Itamar Krauss, Audat Krauss Architectes et Associés, montre une brique « urbaine » : à Bobigny, elle retisse une ZAC et donne une identité lisible, tout en rappelant l’équation économique, les DTU et l’enjeu bois/brique. Pierre-Louis Taillandier, Taillandier Architectes Associés, revendique le retour de la couleur et de la modénature : à Toulouse, la brique dialogue avec l’acier Corten; à Bègles, la tuile devient bardage, pixellisé comme la ripisylve de la Garonne. Moment fort: le réemploi, désiré mais complexe, qui impose d’accepter une beauté moins « calibrée ».

LA BRIQUE, C’EST COOL

Les tuiles et briques deviennent autant un outil de projet qu’un marqueur d’identité. Cécile Brisac, ex-Brisac Gonzalez, signe le moment punchy : « La brique, c’est cool ». Aux Batignolles (144 logements, école, sport), elle raconte comment la brique a tout unifié – du relief « nid-d’abeilles » aux garde-corps en passant par les motifs. Jean-Vianney Deleersnyder, Beal & Blanckaert, nous parle de la tuile sur structure bois. D’une «brique attendue » à cette autre vernissée, plus légère et vibrante, grâce à un réglage fin avec l’industriel et le poseur. L’économie devient ici stratégie (moins de pièces, pose plus rapide). Oriane du Chéné, Itar Architectures, marque les esprits avec une résidence intergénérationnelle : plots identifiables par panachage mat et vernissé, « failles » lumineuses ; puis boulevard Ney, une brique claire, des arrondis et moucharabiehs pour intimiser malgré le bruit. Christine Kalus, Kalus Roussel Architectes, apporte la note sensible en évoquant son travail sur un pôle petite enfance et cette « robe » de tuiles blanches qui renvoie la lumière au cœur d’îlot.

SAMUEL DELMAS, A+ SAMUELDELMAS ARCHITECTES URBANISTES, ÉTAIT LE GRAND TÉMOIN DE CETTE JOURNÉE. EXTRAITS. 

Sur l’usage des tuiles et briques : « Avec la terre cuite, il y a une question de matérialité, de rapport à la lumière, à la densité. Tuiles et briques participent à ce travail de fond sur la notion d’ancrage de matérialité et de contextualité. » Sur la nécessité d’une architecture mixte : « Il n’y a pas une vérité avec une matière, ce sont souvent des bâtiments mixtes. Et c’est là-dessus que la brique a son rôle à jouer. » Sur le retour assumé de la modénature : « Aujourd’hui, on n’a plus peur de la modénature, elle donne une lecture contemporaine aux bâtiments tels qu’ils ont été montrés ici. » Sur le rôle des architectes : « Nous avons la capacité, architectes, avec cette vision globale, à proposer des choses et à investir au bon endroit pour la pérennité, pour le carbone et pour le bien-être. »

Source Bati-journal