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05/01/2026

Maxime Coutouly, Edilians France : "Réduire nos émissions de carbone de 30 %"

Confronté à l’effondrement du marché du neuf, Edilians maintient pourtant ses investissements et accélère sa décarbonation, misant sur l’innovation pour préparer la reprise du secteur. Explications avec Maxime Coutouly, directeur général.

Dans un contexte de crise durable du secteur de la construction, le groupe Edilians, basé à Dardilly dans le Rhône, fait face à un net ralentissement de ses marchés, tant dans le neuf que dans la rénovation. Si la baisse des mises en chantier pèse fortement sur l’activité, le groupe a fait le choix de maintenir ses investissements, convaincu que l’anticipation est clé pour préparer la reprise.

Au cœur de sa stratégie : un vaste plan de décarbonation de 100 millions d’euros sur dix ans, visant à réduire significativement l’empreinte carbone de la production de tuiles en terre cuite, tout en préservant la qualité et la compétitivité de ses produits. Explications avec Maxime Coutouly, directeur général d'Edilians France.

Depuis de longs mois, le secteur de la construction souffre. Cette conjoncture négative a-t-elle un impact sur l’activité d’Edilians ?

Évidemment. Cet impact est majeur. Nous avons deux marchés principaux : la rénovation et le neuf. Pour la rénovation, la période n’incite pas à l’investissement, la faute à des taux d’intérêt encore élevés et à un moral des Français plutôt bas. Les changements réglementaires concernant les dispositifs d’aide à la rénovation énergétique n’aident pas non plus. Après, nous ne sommes pas encore trop inquiets : ça va revenir. Les besoins en rénovation de toitures sont là, même si tout le monde est en attente. Concernant le neuf, c’est compliqué. Nous sommes dans un cycle extrêmement bas, le plus bas depuis 1973. Surtout pour la maison individuelle, notre principal marché. Post-covid, on était à presque 140 000 constructions de maisons individuelles isolées ; aujourd’hui, nous sommes descendus sous les 50 000.

Malgré la crise du bâtiment, Edilians maintient ses investissements

Quelles conséquences ce contexte compliqué a-t-il pour Edilians ?

Nous avons réduit la voilure sur le personnel intérimaire. Et grâce à l’APLD [activité partielle de longue durée, NDLR], nous avons pu arrêter la production dans nos usines tout en étant soutenus. À côté de cela, nous avons fait le choix de maintenir nos investissements. D’abord parce qu’une année perdue ne se rattrape pas. Ensuite, lorsque l’activité est basse, nous avons des arrêts d’usines, et ce sont des opportunités pour investir.

Edilians investit 100 millions d'euros pour décarboner

À l’heure actuelle, l’enjeu majeur pour les industriels comme Edilians semble être la décarbonation de l’activité. Or, produire des tuiles en terre cuite est émetteur de CO2. Comment réduire votre impact tout en restant compétitif ?

Nous avons lancé cet effort de décarbonation en 2021. Il s’agit d’un plan majeur de 100 millions d’euros d’investissements sur dix ans. L’objectif final est de réduire de 30 % nos émissions directes de carbone par tonne de tuiles produites en France d’ici 2030. Pour cela, il existe deux leviers. Le premier consiste à minimiser au maximum nos émissions de CO2. Ça passe par du recrutement de nouvelles compétences pour mieux piloter nos fours et nos séchoirs. Aujourd'hui, on fait de l'analyse de consommation très poussée. C’est un peu comme pour une voiture : selon votre manière de conduire, vous pouvez consommer 10 % de plus ou 10 % de moins de carburant. Edilians a aussi investi dans son outil de production pour le rendre plus efficient. L'idée était de miser sur des technologies de rupture permettant de produire des tuiles de la même qualité, mais en consommant moins. Nous avons par exemple développé une solution avec Ceritherm [ancien sous-traitant racheté par Edilians, NDLR] destinée à décarboner l’étape énergivore de la cuisson de la tuile. Deux de nos fours sont équipés de cet outil.

Vous évoquez deux leviers pour décarboner. Quel est le second ?

La substitution. Nos fours et nos séchoirs fonctionnent au gaz naturel, une énergie qui émet du CO2 lors de sa combustion. Nous regardons donc d’autres solutions : l’hydrogène, le biométhane, l’électricité… Elles ont toutes des avantages, mais aussi des inconvénients. L’hydrogène coûte trop cher, la biomasse n’est pas disponible en quantité suffisante, et l’électricité demande un vrai travail de R&D, même si, pour les processus de séchage, cela ne semble pas impossible.

"Décarboner pour ne pas vendre, ça ne sert à rien"

Cela veut dire que substituer le gaz naturel n’est pas possible ?

Non, ça n'est pas ce que l'on dit. Pour le moment, nous n’avons pas trouvé la bonne solution, mais nous y travaillons. De façon générale, la décarbonation demande beaucoup d’humilité. Les technologies évoluent très vite. Beaucoup d’industriels travaillent dessus. Les vérités d’une année changent constamment. À côté de cela, nous ne voulons pas nous tromper : décarboner pour ne pas vendre derrière, ou vendre des produits de moins bonne qualité, ça ne sert à rien.

Depuis 20 ans, Edilians est aussi engagé dans l’industrie solaire. C’est un marché important pour vous ?

C’est une petite part de notre activité, mais qui compte beaucoup. Aujourd’hui, le marché est encore très volatile. Mais petit à petit, il va se stabiliser. Et il va devenir plus accessible pour les particuliers, tant techniquement qu’administrativement. Pour nous, c’est important d’y être. En tant qu’industriel, nous avons aussi le rôle de protéger les habitants et de proposer des solutions qui ont du sens.

Source MesInfos par Tony Fonteneau