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24/04/2024

Le tuilier Monier affirme son enracinement dans les Ardennes malgré les crises

Éprouvée par l’envolée des prix de l’énergie puis par la chute de la construction, la filiale du groupe américain BMI s’est restructurée et a investi pour assurer sa pérennité sur le site de Signy-l’Abbaye.

"Nous voulons garder le site", déclare Olivier Hazard, directeur depuis deux ans, de la tuilerie Monier de Signy-l’Abbaye. Le message n’est pas anodin tant l’usine lancée en 2008 par Lafarge, puis entrée dans le giron du groupe américain BMI en 2017, est éprouvée par les crises. Il y eut d’abord l’envolée des prix de l’énergie amorcée en 2022 au déclenchement de la guerre en Ukraine. Dotée du plus long four d’Europe (200 mètres de long), qui a pour mission de cuire les tuiles à 1 115 degrés, Signy a une facture énergétique qui représente 30 % de ses coûts de production. « Nous avons dû ralentir notre production», ne cache pas M. Hazard. L’entreprise a dû aussi répercuter l’inflation sur ses prix de vente qui ont augmenté de 40 %.

Par ailleurs, la tuilerie, qui fournit le nord est de la France et le Benelux, est confrontée, depuis l’an passé, à la chute de l’activité construction qui se traduit par une baisse de 35 % de la demande de tuiles. Le groupe a dû arrêter l’usine entre fin novembre et fin décembre. La production était de 18 millions de tuiles en 2023 contre 19,5 millions en 2022. Elle devrait être moindre cette année. "Notre démarche d’amélioration continue nous permet d’être confiants en l’avenir" Directeur de l’usine de Signy-l’Abbaye

Il y a des conséquences sociales à ces ralentissements. L’entreprise, qui affichait, il y a quelque temps, un effectif de 130 personnes, s’est séparée de son gros volant d’intérimaires pour rester sur son socle de 87 salariés en CDI. Le site de Signy a obtenu le feu vert de l’État pour avoir recours à l’activité partielle de longue durée (APLD), qu’elle a utilisé pendant dix jours en janvier dernier. Soucieuse de « conserver ses compétences », l’entreprise a profité du ralentissement pour lancer des formations, améliorer sa qualité et sa productivité.

Olivier Hazard, qui a œuvré dans le passé dans l’automobile, en a importé certaines méthodologies dont le « travail standardisé ». « Nous avons travaillé en groupe avec les opérateurs et les techniciens afin d’identifier les meilleures pratiques, les meilleurs gestes et postures, afin de les partager dans des plans d’action », fait savoir le dirigeant. Monier a mis en place des outils de « vérification du respect des standards » afin de faciliter la vie du personnel et l’amélioration de la qualité. Les rebuts ont ainsi baissé de 5 points. «Notre démarche d’amélioration continue nous permet d’être confiants en l’avenir », indique le dirigeant. Il précise que Monier a investi récemment 2 millions d’euros notamment dans un système de récupération de chaleur, qui a réduit de 8 % la consommation de son four. L’entreprise a travaillé aussi sur la sécurité et prévention des risques. « Nous avons passé 735 jours sans accident avec arrêt, c’est une grande fierté pour nous», indique Olivier Hazard. Pour marquer le coup, la tuilerie ardennaise a planté un arbre comme il est de tradition au sein de BMI. Les Ardennais ont choisi un chêne pour être en accord avec leur terroir. C’est aussi un vœu de longévité pour une entreprise qui aura encore besoin à court terme de s’adapter aux difficultés du marché en attendant un retour de la demande, espéré pour la mi-2025.

Source L'Union