Pages

19/12/2012

Tuilerie Barney à Cherves-Chatelars( 16) : une tuile de 1929 retrouve son créateur âgé de 100 ans

Camille Barnay avait 17 ans. C'est bien connu, on n'est jamais très sérieux à cet âge. Alors, « pour rigoler » et se divertir de son quotidien de tuilier, il avait pour habitude de graver les objets qu'il fabriquait de son nom. Autres temps, autres amusements…
De sa belle écriture, il inscrivait « Camille Barnay, Etamenat, Cherves-Chatelars », suivi de l'année du « forfait ». En 1929, il avait donc 17 ans et, parmi les 600 à 700 tuiles qu'il fabriquait chaque jour dans l'entreprise familiale, il prenait parfois le temps de laisser une trace.
Il y a quelques semaines, Guy Massuyau, viticulteur à la retraite, remaniait la toiture de sa maison, à Criteuil-la-Magdeleine (canton de Segonzac). Certaines d'entre elles sont encore en bon état, d'autres sont à remplacer. Sur une, il a remarqué une inscription. Après avoir gratté la mousse, il a découvert une « jolie écriture » : « Camille Barnay, Etamenat, Cherves-Chatelars, Chte, 1929 ».
Touché par ce signe de l'histoire, il se demande qui est ce Camille Bernay. « Sans trop croire qu'il était encore en vie, je me suis saisi de l'annuaire. Quand j'ai vu qu'il y avait un Camille Bernay [il s'arrête]… ça m'a fait quelque chose, relate-t-il, encore ému. Alors j'ai appelé. »
Au bout du fil, une femme, Marie-Louise Bernay. L'épouse de Camille Bernay depuis soixante-seize ans. Oui, oui, Camille est bien son mari. Il n'y a pas de doute, c'est bien lui qui a gravé cette tuile en 1929 alors qu'il travaillait avec son père, Martial, dans la tuilerie familiale. Oui, il est toujours de ce monde. D'ailleurs, il fêtera ses 101 ans en janvier.
La tuilerie est encore là, elle aussi. Derrière sa fenêtre, Camille, assis sur son fauteuil à roulettes offert pour ses 100 ans, contemple toujours l'usine en briques rouges située juste de l'autre côté de sa rue. Au mitan des années 1980, elle a été rachetée par une entreprise de Confolens qui a surtout été intéressée par les terres. Les fours n'ont jamais été rallumés.
Guy avait envie de rencontrer le créateur de cette tuile préservée par le poids des ans. Camille, lui, avait envie de revoir cette tuile. Par l'intermédiaire de « Sud Ouest », les deux hommes se sont rencontrés, et Guy a donné la tuile à Camille. Ému, le centenaire l'a chaleureusement remercié après avoir glissé ses doigts dans les rainures, là où ils étaient passés il y a quatre-vingt-trois ans. « C'était de la bonne camelote, la couleur n'a pas changé. On va la mettre dans mon cercueil », a-t-il plaisanté. En la voyant, les souvenirs sont remontés. « À l'époque, il n'y avait pas d'électricité, c'était un âne qui faisait tourner la turbine. La pâte sortait et on façonnait les tuiles avec un moule en fer ou sur la cuisse. Après, elles séchaient à l'air libre. Elles n'étaient pas fabriquées sous vide comme maintenant… », raconte le centenaire alerte.
L'objet historique rejoindra deux autres tuiles retrouvées et données par d'autres bricoleurs. L'une est également datée de 1929 et l'autre d'après-guerre, retrouvée dans l'île de Ré et signée de la main de Martial, « Bernay père et fils ».
Source Sud Ouest

Aucun commentaire: