Pages

29/05/2009

La reprise sera laborieuse

Le fond a été touché ! Mais si la chute a été brutale, la reprise sera bien plus lente.
« Stupeur et Tremblements », avait titré, avec prémonition, Philippe Chalmin pour sa précédente édition du « Cyclope », l’ouvrage de référence sur les marchés mondiaux. Sa dernière livraison, publiée cette semaine, s’intitule « Vertiges et Déboires ». L’économiste y résume l’année 2008, qui a vu les commodités escalader des sommets avant de basculer dans le vide.
« Le cru 2009 du Cyclope [qui tire son nom de “ Victoires et Déboires ”, l’œuvre majeure de l’historien de l’économie Paul Bairoch, ndlr] relate l’épisode le plus passionnant du cycle des matières premières », se
réjouit l’auteur. Jusqu’en juillet, pratiquement tous les secteurs ont affiché des hausses spectaculaires, et même, pour certains (le pétrole en juillet ou le blé en mars), des records absolus.
Après les JO de Pékin, plus dure a été la chute : « Nous ne tablions pas sur une récession aux Etats-Unis en année électorale », confesse Philippe Chalmin. S’il avait prévu le recul des cours, il a été surpris par son ampleur. Les replis se sont en effet échelonnés entre 50 % pour les produits agricoles les mieux soutenus, et 95 % pour le Baltic Dry Index, l’indice de référence du fret maritime en vrac. « Partie émergée de l’iceberg économique, le secteur des commodités exacerbe les tendances globales », souligne le professeur de Dauphine, citant Alan Greenspan et son « exubérance irrationnelle ». Sur l’influence de la spéculation, il maintient sa position : « S’ils ont participé et même exagéré la volatilité des cours, les fonds d’investissement ne sont que l’écume de la vague. »
Des prévisions en baisse pour 2009
Cette année, le baril de pétrole devrait osciller entre 40 et 60 dollars, avec une moyenne pour l’année à 50 dollars. Les métaux non ferreux se maintiendront au niveau actuel. Le cuivre, dont le cours a été dopé par les achats chinois, en particulier du SRB, devrait retomber pour évoluer entre 3 000 et 4 000 dollars la tonne, en baisse de 46 % sur un an. L’aluminium, en baisse de 22 % par rapport à 2008 – et que Philippe Chalmin voit plus beau qu’il n’est –, stagnera en raison des fortes surcapacités qui le plombent.
Les coûts de production vont jouer un grand rôle dans la fixation des prix. Les producteurs de minerai de fer, qui avaient intérêt à faire traîner en longueur les négociations annuelles, devront tout de même concéder une baisse supérieure à 50 % en raison de l’effondrement de la demande des sidérurgistes, à l’exception de la Chine. Passé l’euphorie, les producteurs ont eu une réaction exceptionnelle en adaptant leur offre à la demande. La crise actuelle va toutefois confirmer, ou infirmer, le modèle d’intégration verticale, adopté par plusieurs grands de la sidérurgie.
Ce sont les produits agricoles, toujours à la merci d’un accident climatique, qui résisteront le mieux à la vague baissière. Le sucre, bénéficiant de fondamentaux favorables, devrait s’apprécier de 23 %, le cacao et le maïs, de respectivement 8 et 12 %. Le blé restera étale.
Nous avons touché le fond et une reprise conjoncturelle sera en cours avant la fin de l’année. Les Etats-Unis vont sortir de la crise et la Chine pourrait bien maintenir sa croissance au-dessus des symboliques 8 %. Le message de pénurie, envoyé en particuliers par les marchés énergétiques et agricoles en 2008, est toujours valable. Surfaces ensemencées pour l’agriculture et investissements dans l’énergie doivent se maintenir à un niveau élevé, sinon cette pénurie fera un retour en force.
Le transport maritime restera déprimé
En revanche, le transport maritime restera pour longtemps déprimé. Il y aura des annulations de commandes mais 10 000 navires sont en attente de livraison ! Malgré une sortie de crise prévue pour la fin de l’année, de graves déséquilibres – structurels, bancaires et sociaux – se profilent pour la Chine après l’exposition universelle de Shanghai, à la fin 2010. Enfin, l’Inde, plus loin de nos marchés, a été moins touchée par la crise.
Daniel Krajka
Source L'Usine Nouvelle

Aucun commentaire: