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15/04/2009

Les alchimistes de l'argile

«Terre et mer. Les atouts de la réussite... Nous, on est dans la terre, est-ce qu'on est dans la réussite, ça reste à voir. » Et toc. Le potier tourne, mais pas en rond. Jean-Pierre-Marie (il fait grâce à ses interlocuteurs d'un quatrième prénom existant) Toublanc, président débonnaire en salopette mouchetée de terre cuite et boucle d'oreilles, de l'association Argilités, ronchonne que le maire de La Rochelle ne soit pas venu à l'inauguration du 13e marché des potiers samedi à midi.
« On aurait aimé que les élus se manifestent par leur présence ». Le discours est policé, histoire de rappeler, quand même, que la Ville apporte bien son soutien financier à l'événement (500 euros de subventions, mais une contribution de 4,50 ? est demandée à chaque exposant) et logistique (mise à disposition de barrières et des panneaux de communication).
Le retour à la terre
Les potiers, une profession en mal de reconnaissance ? Bien possible. Toujours est-il qu'elle crée en tout cas des vocations. Dixit une petite brunette au beau milieu du cours des Dames. « J'ai fait quinze ans de secrétariat dans le bâtiment. J'ai toujours rêvé de travailler de mes mains, mais je pensais que je n'en étais pas capable. Et à la naissance de ma fille aînée, il y a huit ans, j'ai eu le déclic. »
Sandrine Quignot-Schmiel, 42 ans, largue clavier, souris et banlieue parisienne pour La Rochelle. « Je ne me voyais pas élever mes enfants à la Garenne-Colombe. Et je suis tombée amoureuse du coin après avoir passé plusieurs vacances au printemps et en été sur l'Île de Ré ».
Le modelage instinctif
Mais avant cela, l'apprentie potière se forme pendant une année à l'Institut de céramique français à Sèvres, sans parvenir à « trouver son style ».
« J'ai appris à toucher à la faïence, au gré, à la porcelaine, l'émail et l'engobe et travailler à partir de plusieurs techniques comme le tournage et le colombin. Mais en classe, soumis au regard de l'autre, je n'arrivais pas à m'exprimer. »
Aujourd'hui, c'est dans son garage rochelais réaménagé qu'elle s'éclate dans la production de pièces à volume et préfère le modelage à la plaque : « Je suis assez instinctive et solitaire, je peux passer dix heures dans mon atelier sans y remettre le pied après les fêtes de Noël, quand on y a été trop longtemps pour préparer les expositions hivernales. »
Les foires d'été démarrent
Le marché organisé par Argilités, sonne la cloche des foires printanières en Bretagne, dans le Périgord ou encore dans le Lot : « C'est le moment où on sort de nos tanières, on a le plaisir de revoir nos collègues, de voir leur travail évoluer, ça nourrit, confie Sandrine qui a un faible pour les vases, les lampes et les boites. Ça fait beaucoup de bien aux énergies créatrices. »
Sandrine est secrétaire d'Argilités. « Quand je suis rentrée à l'association, c'était pour moi une forme de reconnaissance, on est tous solidaires et on a l'impression agréable de faire partie d'un clan. » Une tribu d'alchimistes d'influence ethnique, floral, inédite.
« On se situe du côté de la décoration, des loisirs, admet Jean-Pierre-Marie Toublanc. Mais à ce jeu-là, à La Rochelle, c'est toujours l'eau qui aura le dessus sur la terre, le bateau sur la céramique. » Pot de mer contre pot de terre.
Source Sud Ouest

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