deux hommes sont sains et saufs. Ils ont regagné Cape Town sous voilure réduite sans demander assistance. Ils devraient rejoindre la terre ferme mardi ou mercredi. Dans une liaison avec le PC de la Course, Vincent s’est dit d’autant plus déçu que les deux hommes n’avaient pas hésité à lever le pieds depuis 24 heures. Vincent a précisé que « la course était terminée »Une course à la voile peut basculer en une fraction de seconde. Depuis le 26 novembre, grâce à une gestion parfaite du Pot au Noir, PRB menait la flotte. Sourire et bonne humeur de rigueur à bord. Hier soir, Vincent râlait légèrement d’avoir négocié moins bien le passage de la première « porte de glaces » que Paprec Virbac 2. Mais rien de plus que la réaction d’un compétiteur et surtout pas de quoi perdre son sang froid. Alors que les chasseurs – et plus particulièrement Hugo Boss auteur de records sur 24
heures à répétition – allumaient le feu, Vincent et Sébastien Josse disaient leur volonté de poursuivre sur un rythme relativement sage. Le Grand Sud a, il est vrai, le pouvoir de ramener à la raison le navigateur le plus téméraire. Et de raison, le duo de PRB n’en manque déjà pas en temps normal. Alors, dès que la mer a commencé à rappeler qu’elle est ici dans son royaume, autorisée à se défouler sur des dizaines de milliers de milles sans rencontrer d’obstacles terrestres à son impétuosité, ils ont un peu plus levé le pied. Qu’importe quelques milles de perdus quand la course folle autour de l’Antarctique ne fait que débuter. Bref jusqu’en milieu de matinée, tout allait bien à bord de PRB. A l’intérieur du bateau, les deux hommes se protégeaient sans doute quelques minutes d’un froid de plus en plus vif. Plusieurs fois dans la nuit, le monocoque avait planté dans les vagues mais sans plus de conséquences qu’une légère montrée d’adrénaline. A chaque fois, le pilote automatique veillait et remettait PRB sur les bons rails. Le vent, il est vrai, « ne » souffle qu’à 25 nœuds. Rien de dantesque. Ce planté là n’avait rien de différent, pas plus brutal ni plus
inquiétant. Juste de quoi jeter un coup d’œil à l’extérieur. Et apercevoir 25 mètres plus haut un bout du mât pendouiller dans le vide. Trois mètres soustraits en tête d’un mât qui lui n’est heureusement pas tombé. Les mots sont rares, juste énoncés pour coordonner les manœuvres à faire : affaler les voiles, s’assurer de la tenue du mât et ne pas rester trop longtemps à sec de toile dans une mer qui n’a cure de ce qui vient de se jouer. Peu de temps après, une petite voile d’avant est gréée pour faire cap au nord et échapper vite à la méchante dépression qui s’annonce plus à l’ouest. Cet après-midi, dès que les vagues seront moins abruptes, il faudra monter là haut pour enlever le bout de mât qui menace de tomber. Il sera également temps d’affiner la navigation du monocoque blessé vers Cape Town distant de 630 milles. Mardi, mercredi au plus tard, les amarres seront lancées à l’équipe technique que l’on ne pensait pas revoir aussi vite. Il sera alors temps de songer au rapatriement en cargo vers la France, à l’analyse de l’avarie, aux meilleures façons de préparer la suite et le Vendée Globe dans un an. L’avenir reprendra alors tous ses droits et l’on se dira que mieux valait là qu’en plein milieu de l’Océan Indien ou dans un an en solitaire autour du monde. Mais pour le moment, on songe à ceux qui continuent leur route, aux chances de victoires qui s’effacent, au mot abandon que nul marin n’aime prononcer. Alors on lâche juste que « la course est terminée » et on s’avoue « déçu » ce qui veut tout dire chez les marins. Il fait décidément parfois bien sombre au pays de l’ombre.
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