protection "à la française" semble bien vain... Analyse.Une catastrophe, la dégringolade des places financières ? Manifestement pas pour tout le monde. « Ces conditions de marché en un sens nous conviennent très bien. Nous sommes un gros acheteur et nous continuerons de l'être », déclarait voilà quelques jours le patron du fonds d'investissement norvégien, le deuxième plus grand fonds souverain du monde derrière celui d'Abou Dhabi.
Les champions les plus vulnérables
Leur valeur boursière a fondu et leur capital n'est pas verrouillé... Ces sociétés du CAC 40 constituent autant de cibles idéales: Air Liquide Alcatel-Lucent Cap Gemini Danone Essilor International Schneider Electric Société Générale Vallourec Veolia Environnement Vinci Vivendi
En France, Yngve Slyngstad, son directeur, n'a que l'embarras du choix pour faire ses emplettes. Jamais autant de sociétés cotées n'ont été à la ramasse. Depuis le 1er janvier, plus de la moitié - 23 exactement - des valeurs qui composent l'indice CAC 40 ont perdu plus de 50 % et près d'un quart (9) ont chuté de plus de 70 % ! Avec près de 85 % de baisse - le plus fort recul - Renault est littéralement massacré.
Le constat est d'autant plus inquiétant que beaucoup de ces poids lourds ou fleurons nationaux sont « ventre ouvert ». Ils n'ont aucun actionnaire de référence et leur capital n'est pas contrôlé. Nous en dressons la liste (voir ci-contre). Elle est forcément incomplète : aucune société, si importante soit-elle, ne paraît aujourd'hui à l'abri. Certains financiers opportunistes ont commencé à renforcer leurs positions, comme Albert Frère. Le milliardaire belge a
augmenté ses parts dans Lafarge, Pernod Ricard, Suez Environnement, Imerys et Total. Mais, demain, ce seront des industriels qui monteront à l'assaut.C'est cette perspective qui effraie en haut lieu et vient de pousser le chef de l'Etat à mettre en place un fonds d'investissement chargé, notamment, de « sécuriser le capital d'entreprises stratégiques ». D'autres mesures dissuasives, moins médiatiques, sont aussi en préparation. Elles visent, par exemple, à abaisser et rendre plus transparentes les déclarations de franchissement de seuil dans les sociétés cotées.
En clair, tenus de se faire connaître, les prédateurs pourront être débusqués plus rapidement. Ces ripostes sont-elles adéquates ? A l'image de nombre d'experts, Colette Neuville, présidente de l'Association de défense des actionnaires minoritaires (Adam), en doute : « Cela ne sert à rien de vouloir construire des lignes Maginot. » La future barricade paraît, de toute façon, bien fragile.
Annoncé avec fracas, le nouveau fonds français n'aura d'abord pas les moyens de ses ambitions. Doté de 20 milliards d'euros, il ne disposera, en réalité, que de 6 milliards de liquidités. Drôle de force de frappe ! Alors que tous les grands fonds souverains sont alimentés par une manne providentielle (excédents budgétaires, rente pétrolière), ses ressources seront composées pour l'essentiel de participations de l'Etat et de la Caisse des dépôts. Autrement dit, il devra avoir recours à l'emprunt !
Le 20 novembre, à Montrichard, dans le Loir-et-Cher, le discours volontariste de Nicolas Sarkozy s'adressait d'ailleurs aux salariés des entreprises plutôt qu'à leurs éventuels acheteurs. Le chef de l'Etat n'est pas dupe des limites de sa nouvelle « arme anticrise ». Il est d'abord et avant tout soucieux de montrer à l'opinion publique que l'Etat ne demeure pas passif face au danger. Ce faisant, le président prend le risque de décevoir encore plus si, demain, son filet protectionniste se révèle inefficace. Dans le passé, le patriotisme économique n'a pas empêché Pechiney ou Arcelor de basculer dans d'autres mains et sous d'autres cieux.
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