Pages

17/05/2008

Granulats : la ruée vers l’or gris

Les professionnels sont unanimes : le coût des granulats dans le béton devrait prochainement égaler celui du ciment. Après le président de la Fédération des Industries du Béton dans "Le Moniteur" du 11 avril dernier, c’est au tour de l’Union nationale des Industries de Carrières et Matériaux de construction (Unicem) de tirer le signal d’alarme pour alerter les pouvoirs publics de ce "paradoxe français".
Paradoxe d’un Grenelle de l’Environnement qui fixe de nouveaux objectifs de mise en chantier, tant dans le bâtiment que dans les travaux publics nécessitant 16 millions de tonnes de granulats supplémentaires dans un pays où l’accès à cette ressource s’avère de plus en plus difficile.
Dominique Hoestlandt, le président de l’Unicem, ne cache donc pas ses inquiétudes qui sont de trois ordres. Tout d’abord, il n’existe pas aujourd’hui d’outil de recensement des réserves de matériaux autorisées pour l’exploitation. Depuis 3 ans, l’Unicem demande au Bureau de Recherches Géologiques et Minières (BRGM)d’avoir une meilleure visibilité des ressources… en vain.
Tensions sur les approvisionnements
Deuxième inquiétude qui tourne à la colère : la multiplication des obstacles à l’exploitation. "Il faut aujourd’hui au minimum 5 ans contre 3 il y a 10 ans, et des démarches de plus en plus contraignantes pour ouvrir une carrière", remarque Dominique Hoestlandt. "Etude d’impact environnemental, instruction administrative, présentation pour avis en Commissions départementales de la nature, des paysages et des sites sont autant d’étapes à franchir et ce, sans parler de la Loi sur l’Eau qui limite drastiquement les exploitations alluvionnaires ou encore des zones protégées par "Natura 2000" qui représentent 13% du territoire". De plus, la durée d’autorisation d’exploitation se réduit. Alors que la loi les autorise à accorder une période de 30 ans, rares sont les préfets qui aujourd’hui consentent à plus de 15 ans.
L’ensemble de ces mesures restrictives conduisent à la troisième crainte de l’Unicem qui dit voir des tensions grandissantes dans les capacités d’approvisionnement de régions traditionnellement déficitaires comme l’Ile-de-France et l’Aquitaine. Tensions également perceptibles au nord de Toulouse, dans le Var et les Alpes-Maritimes. Ces déficits rallongent les distances de transport, ce qui accroit le coût des matériaux et augmente l’impact sur l’environnement. En effet, 95% des granulats français sont acheminés par routes contre seulement 3% par voie fluvial (la moins chère des solutions !) et 2% par voie ferrée.
Quelles solutions ?
Pour sortir de cette situation ubuesque, l’Unicem propose qu’un état des réserves soit établi et mis à jour régulièrement dans chaque département, cet outil conditionnant la planification des demandes d’autorisation de carrières. L’Union souhaite également que le délai de 30 ans d’autorisation d’exploitation soit la règle générale et que sa réduction le soit pour "des motifs circonstanciés". Enfin, le développement du recyclage est préconisé par l’Unicem qui propose même la mise en place d’un permis de déconstruction permettant le tri et le recyclage impossibles en cas de démolition. Si cette mesure était adoptée, le doublement du volume de granulats issu de la déconstruction pourrait être envisagé et atteindre 30 millions de tonnes.
Quant au recours à l’exploitation des ressources maritimes, Dominique Hoestlandt ne peut que constater la disparité avec nos voisins belges ou britanniques. Chez ces derniers, 8% des granulats proviennent de la mer contre 2% pour la France. "Régulièrement, les Unicem locales demandent des dérogations aux préfets pour pouvoir utiliser ce type de ressources. Mais ce ne sont pas forcément les entreprises du BTP qui en bénéficient : récemment, en pays nantais, le sable marin a été utilisé exclusivement par producteurs de mâches".

Aucun commentaire: